Cuillères, bout-dehors et décomplexes…

Retour sur la course majeure de la saison 2012: Les Sables – Les Açores – Les Sables durant laquelle Nicolas à bord du mini 719 « Fondation-TerreVent.org » nous a fait vivre une histoire intense et pleine de rebondissements.

Cuillères, bout-dehors et décomplexes... Les Sables - Les Açores 2012

Le public vendéen toujours au rendez-vous !

La 1ere étape, entre les Sables d’Olonne et Horta aux Açores, s’est passée quasiment en totalité avec des vents de face, ce qui cantonne ces petits bateaux de 6m50 à des vitesses moyennes assez faibles. Dix jours pour rallier l’archipel des Açores contre cinq jours en 2010. La météo, qui a commencé par l’attaque d’un front froid pour sortir du golfe de Gascogne vers l’ouest, s’est ensuite stabilisée pour offrir aux marins un enchaînement de jours et de nuits des plus stables. Un peu de soleil, une mer calme et des nuits sous une lune ronde et lumineuse qui laissent les pilotes profiter de moments calmes et agréables, en communion avec leurs supports et les éléments.

La navigation de Nicolas affiche au bout de trois jours une stratégie nommée « la cuillère » et basée sur une position au sud de la flotte de concurrents ainsi que sur le contournement de l’anticyclone des Açores (hautes pressions). Les hautes pressions en cours d’installation, dans les deux derniers jours de course se sont fait grignotées par une nouvelle dépression. La veille de l’arrivée les quatres concurrents de tête de course sont alignés sur un axe Nord/Sud quasi à égalité, mais sur l’eau cela se complique. Avec un vent irrégulier 25 noeuds (1noeud= 1 mille/heure =1,852 km/h) et une mer d’à-pics qui transforme la carène carbone du 6.50 en  drum-machine « boom, boom, boom »… Le vent a tourné du Sud au Nord-Ouest (vers la droite) favorisant le placement de Aymeric Chappellier (788), plus au Nord que Nicolas qui lui ne terminera pas sa « cuillère » jusqu’au port de Horta et finit 4e à 10h de Aymeric.

Les Sables - Les Açores 2012

L’atterrissage sur Horta se finit enfin au contact d’un concurrent (Milan 759) après neuf jours seul, sans discussions à la VHF (radio marine) et sous un ciel plein de couleurs et de nuages lenticulaires qui viennent caresser les sommets volcaniques de l’archipel. « Je sens déjà le parfum des hortensias et le plaisir de retrouver l’ambiance locale m’envahir… »

Les Sables - Les Açores 2012 Magnifique nuage lenticulaire sur fond de « Pico » 2352m

« Bilan positif : mon objectif était de retourner aux sources de ma passion, prendre du plaisir sur l’eau et être satisfait de mes actions. Ma motivation et mon engagement sont inébranlés ».

Nicolas sourire aux lèvres cite Winston Churchill à son arrivée au  ponton :

« le succès, c’est d’aller d’échec en échec, sans jamais perdre son enthousiasme… »

Classement de la course

  1. Aymeric Chappellier 788
  2. GianCarlo Pedote 747
  3. Milan Kolacek 759
  4. Nicolas Boidevezi 719

C’est parti pour six jours de repos, bricole, gastronomie et culture locale chaleureusement orchestré par Armando en plein cœur de la « Semana do Mar » (Fête de la Mer) à Horta… On se laisse vite porter par l’ambiance, et on améliore son portugais açorien!

Les Sables - Les Açores 2012

La 2ème étape s’est déroulée sous haute tension dans un système dépressionnaire soutenu, installé entre les Açores et les îles Britanniques. Vent portant de Sud-Ouest à Ouest avec une prévision de mer forte, croisée et des vents entre 20 et 35 nœuds (1 nœud = 1,8 km/h).

photo satellite Les Açores - Les Sables 2012 Photo satellite du 16 août

Le matin du départ, lors du briefing de course, on sentait bien la tension et l’appréhension dans le regard des skippers.  Parfait, ce sont les conditions que Nicolas aime : « mode pushing the limits enclenché » . Difficulté de ce genre de conditions sur une étape de 1200 milles : « nous pratiquons un sport mécanique et pour gagner il faut d’abord arriver en un morceau. »

Le 719 et son pilote partis comme une fusée de Horta

Parti en tête en envoyant le 1er son spinnaker (voile d’avant portée lorsque le vent vient de l’arrière et qui fait décoller et planer les prototypes 6.50 à des vitesses supérieures à 15 nœuds), Nicolas crée un trou de huit milles dans les trois premières heures de course dans le canal entre Sao Jorge et Pico.  Mais le run de folie (ça siffle, ça fume entre 18 et 25 noeuds…) s’est arrêté suite à une rencontre avec un objet ou un mammifère sous l’eau faisant partir le bateau au tas (sortie de piste…) et le bout-dehors (espars de presque quatre mètres en carbone qui permet de porter les spis loin devant le nez du bateau) s’est brisé en deux !

4 heures après le départ bout dehors brisé, tentative de réparation sur l’eau soldée par un échec: « Sans états d’âme, j’ai rapidement décidé de faire escale à Terceira afin d’opérer pour remettre le bout-dehors en état et avoir une chance de finir les 6 jours de course à fond sous spi et non amputé de cet espars indispensable à l’établissement des voiles de portant ». Aussitôt dit aussitôt fait!

Les 12 premières heures de course sous haute tension

Tube manchonné et stratification de tissus de carbone et de résine époxy par-dessus , Nicolas reprend le chemin de la course en direction des Sables d’Olonne après 1h40 passées au ponton de Praia da Vitoria. Malgré le retard, et les concurrent qui se sont échappés (60 milles devant), la stratégie envisagée par le skipper de « Fondation-TerreVent.org » n’a pas changé pour autant. Ne pas « couper le fromage en deux » et aller à fond dans le Nord de la route directe, quitte à rallonger la distance parcourue afin de rester dans le flux de vent fort et de contourner la dorsale anticyclonique (vent faible) qui s’étirait entre les Açores et le golfe de Gascogne.

Stratégie qui s’est avérée plus que payante au fil des jours. « En voilier, le chemin le plus rapide n’est pas toujours le plus court ! »

Le plan de route prévisionnel qui donne une idée de la stratégie payante

Les courses à bord de ces bateaux de 6m50 se passent toujours sans contact à terre, et sans infos sur la position des concurrents. D’où la difficulté de jouer tactique (gestion entre les concurrents) et de conforter la stratégie (gestion météo).

Dans son option nord, Nicolas rattrape le retard de son escale et reprends la tête de la flotte à 400 milles de l’arrivée, en affirmant sa position favorable au nord de la flotte; là il continuera à creuser l’écart.

« Premier soir: casse du bout dehors, 2e soir: enfournement (ou planté) du nez du bateau dans une vague et sortie de piste qui s’en suit, je me suis retrouvé sous l’eau à côté du bateau (d’où l’importance d’être attaché au bateau en solitaire)… 3e soir: encore une sortie de piste qui aurait pu coûter un spi et une autre rupture du bout dehors…. Cela a confirmé que ma réparation effectuée 2 jours plus tôt était ultra solide !  J’ai donc redoublé de concentration jusqu’à l’arrivée pour gagner milles par milles cette victoire d’étape. »

Beaucoup de monde venu accueillir Nicolas de retour aux Sables d’Olonne et auteur d’une étape mémorable

Bilan de cette 2e étape sous haute tension, la réussite vient d’une vision globale de la corrélation entre le plaisir d’être sur l’eau, la connaissance de soi, l’expérience à bord de sa machine et l’état d’être psychologique. Décomplexé le skipper lors de cette course??? OUI. « Il fallait allez la chercher cette victoire, malgré l’enchaînement des situations épiques, le moral a toujours été bon, et surtout pour faire face à l’adversité sans jamais se laisser abattre; il fallait une grosse dose d’audace, une pincée de prise de risques et une solidité émotionnelle à toute épreuve ; ce que j’ai réussi à cumuler. »

C’est au travers de l’histoire écrite dans le sillage du bateau et des émotions cristallisées entre le public et Nicolas que l’alchimie se fait !

« J’ai mis beaucoup de mes propres valeurs dans cette étape et cette victoire en est le meilleur reflet ! »

SAS 2012, le podium Prototype et Série

Nicolas termine 4e de la 1ere étape, 1er de la 2étape et se classe 2e au général

Toutes les infos sur la course www.lessables-lesacores.com – page Facebook

Toutes les photos sur le site du photographe, Christophe Breschi, l’oeil de l’expert.

Quelques vidéos de la course

On en parle dans la presse

Le Classement officiel de la course.

Retrouvez le classement général de la première édition du Championnat de France de voile « classiques » Tour Mini 6.50 dont Nicolas finit 2e après les 3 épreuves de la saison.

« Merci à toute l’équipe organisation, à Denis le Directeur de course, à Eric, ma famille, mes amis, ainsi qu’à tous les collaborateurs et partenaires. Mention spéciale aux concurrents de la Classe Mini et à Annabelle qui sont le corps et l’âme de ces évènements à forte valeur ajoutée humaine ! »

Pas d’informatique à bord des Minis, voilà à quoi ressemble le brainstorming « tactique/stratégie » ou la table à carte du 719