[LearningExpedition EP.2] Atlantique Sud

Un peu de stratégie

Après une descente de l’Atlantique Nord dans des conditions rythmées mais clémentes. Avec une houle rarement supérieure à 2 mètres depuis le départ, les 29 concurrents du Vendée Globe entrent dans l’atlantique Sud.

Tournons nous vers ce qui attends les skippers du groupe de tête et comment ils vont décider de leur trajectoire.

A bord des monocoque IMOCA de 60 pieds (18,28 mètres) du Vendée Globe, les skippers organisent leurs décisions en fonctions des facteurs prédominants (variables) à court, moyen et long terme.

Mercredi 16 novembre, depuis la sortie du pot au noir et le franchissement de l’équateur, les premiers s’engagent dans l’hémisphère sud sur une trajectoire courbe dont le rayon est dicté par la position et la taille de l’anticyclone de Sainte Hélène (sur la carte H pour High pressure).  Longer les côtes brésiliennes et s’installer doucement dans le flux de sud-est adonnant. Plus les skippers descendent vers le sud, plus ils ouvrent les voiles avec un vent sur leur gauche (bâbord), qui tourne vers l’arrière du bateau.

Alex Thomson sur Hugo Boss garde la tête et conforte son avance dans des conditions favorables à son bateau.

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Globalement, il faut gagner dans l’Est vers le Cap de Bonne Espérance pour ne pas se faire dépasser par le front associé aux basses pressions L1 et L2 situées dans le Sud Ouest de la flotte, et qui se déplace assez vite vers l’Est. L’anticyclone de St Hélène H, positionné très sud, oblige la trajectoire des jours futurs à être coincée dans un couloir entre le front et la dorsale de hautes pressions étirée du centre de H vers Rio De Janeiro. Cette dorsale anticyclonique est en place 200j par an. Les Anglo-saxons l’appellent la « South Atlantic Convergence Zone » (trait rouge sur la carte).

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Positions samedi 19 novembre à 00h et stratégie Atlantique Sud :

Pour l’instant Alex Thomson (route violette) navigue déjà au débridé, à l’angle optimal pour la performance de son bateau à foil.
Ambiance humide à bord, il est dans une phase 20-25 nœuds de vitesse bateau, et le jeu pour lui est de rester devant le front qui risque de rattraper ses poursuivants.
Hugo Boss, Banque Populaire et Edmond de Rothschild, ont une chance de garder le flux de Nord en avant du front, et une mer mieux rangée. Ce qui leur permettrait de rester devant la dorsale avant qu’elle ne coupe la flotte en deux groupes distincts, créant un « passage à niveau ».

Cette trajectoire de Rio au Cap de Bonne Espérance nécessite d’aller vite. Porter la bonne voile, un œil sur le baromètre, le ciel, et encore peu de sommeil prévu pour ces 4 jours qui vont monter crescendo en puissance !

Dans le groupe de l’hémisphère sud, les Imocas naviguent autour de 60°/80° du vent réel, sous J1/J2 (grand génois env. 130m² ou solent 110m²) avant que cela n’adonne suffisamment. Lorsque l’angle au vent sera plus ouvert vers les 130°, avec le renforcement et la rotation du vent à l’est puis au nord, les skippers alterneront entre J2/J3/JibTop (env.120m²) et 2 à 3 ris dans la Grand voile.

Ce qu’ils doivent anticiper, c’est l’évolution crescendo des conditions, vers 25/30 nœuds de vent de Nord, et une mer de plus en plus formée avec les 1eres grosses houles (3 à 6 mètres).

Ne pas se faire surprendre par cette accélération des événements, sous peine de devoir abattre lorsque le vent sera plus fort, et donc d’avoir une route qui va plonger directement vers cette zone des glaces (en rouge).

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Positions dimanche 20 novembre à 00h

Alex Thomson aura une quarantaine d’heures, entre ce samedi 19 au soir et  le 22 en fin de nuit (à 125° / 135° du vent), pour garder un rythme élevé, et peut être, en donnant son maximum pour rester devant ce front, battre le record détenu par François Gabart depuis 2012 pour 533 milles parcourus en 24h.

Si Banque Populaire et Edmond de Rothschild peuvent tenir le rythme et se positionner dans le timing pour rester eux aussi devant le front, ce sera clairement plus compliqué pour les autres concurrents qui seront eux beaucoup plus sous l’influence de St Hélène.

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Positions lundi 21 novembre à 00h

Yann Elies (bateau et trace blanche).

Lui n’a que très peu de chances de garder le rythme des premiers et devra donc slalomer dans les méandres de St Hélène pour s’extraire des zones de vents faibles et gagner vers Bonne Espérance.

Dans une semaine les 3 premiers devraient être à la hauteur du cap de Bonne Espérance.

La stratégie des marins va commencer à être sous le contrôle de cette zone interdite (en rouge): la zone des glaces.

Franchir cette ligne peut leur faire prendre une pénalité (qui va de 24h à la disqualification).

Suivant où chacun aura mis le curseur « risque », les skippers navigueront avec plus ou moins de marge de sécurité.
Il faut savoir qu’en Imoca, pour effectuer une manœuvre (changement de voile, aller à l’avant,…) il faut abattre (s’écarter du vent) pour se retrouver au vent arrière afin de ralentir le bateau et pouvoir manœuvrer en toute sécurité. Sauf que, le temps de la manœuvre, le bateau lui continu d’avancer autour de 10 nœuds (18 km/h).
Un changement de voile par exemple peut vite vous faire « glisser » de 5 à 10 milles jusqu’à 90° de votre route.

Pour ne pas qu’une manœuvre force un concurrent à franchir ce « mur des glaces », il faut de l’anticipation et de la précision.

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La carte satellite d’observation des glaces matérialise la présence d’Icebergs et de leurs growlers (fragments d’icebergs) autour de l’Antarctique.

Le nuage de points dans l’Atlantique Sud est situé dans le sud de Gough Island et Tristan da Cunha, sur la route du contournement de l’anticyclone de St Hélène que souhaite emprunter les concurrents.

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Mais deux gros icebergs tabulaires jouent les troubles-fêtes, ce sont :

  • A 56 d’une surface de 21 x 12 km
  • et B15K de 29 x 5 km

Voilà donc les différents paramètres avec lesquels les skippers doivent faire leur sauce !

  • anticiper le vent qui adonne, qui forcit, la mer qui grossit, des changements de voiles, la vitesse du bateau qui grimpe….
  • aller vite vers le Sud et l’Est pour rester devant le front
  • trouver la bonne trajectoire entre « Mur des glaces » et zones de vents faibles de l’anticyclone
  • garder en tête que le plus dur est à venir, dans la gestion long terme du bonhomme et du matériel.

Rendez-vous vendredi 25 novembre à 16h30 aux pieds de la Tour Eiffel, j’interviendrai sur le plateau Live TV du Vendée Globe pour l’émission « On refait le Vendée ».

Plateau ouvert au public.

Nicolas

#Horizon2020 #NeverGiveUp #BeautyOfDreams

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