[LearningExpedition EP.3] Équanimité

L’équanimité, égalité d’âme, d’humeur, est une disposition affective de détachement et de sérénité à l’égard de toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable. En tant qu’être humain, nous sommes sujet au changement continuel tout au long de la vie. Les taoïstes parlent des 10000 peines et des 10000 joies. La joie se change en peine. La peine se change en joie. Il n’y a pas d’exception. L’équanimité est une qualité de la libération qui nous donne un cœur ouvert, calme et stable, au milieu des vicissitudes de la vie.

La voile au large en solitaire et en course : formidable terreau pour cultiver l’équanimité !

Ce que j’ai appris tout au long de mes aventures, en mer comme en montagne, c’est que pour être performant, il faut 2 choses: des compétences et de la motivation.

Parler de haut niveau, en sport, dans la vie et dans l’entreprise (il n’y a plus de frontières !), pour moi c’est parler de l’excellence qui nécessite d’acquérir un certain nombre de compétences pointues. La motivation elle n’est pas acquise, et peut être entretenue, décuplée mais aussi décroître, parfois même disparaître, en fonction du sujet et de son environnement.
Une des qualités indispensables pour passer des places d’honneurs à la victoire, (autrement dit pour que sa motivation ne soit pas entamée par les hauts et les bas du quotidien), est l’équanimité. Sur le plan mental, c’est ce petit plus qui peut faire la différence. Et surtout en course au large, discipline dans laquelle tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, tout peut arriver!

Nous vivons tous des aléas plus ou moins déstabilisants, que notre terrain d’expression soit un environnement stable ou non. Le large m’a appris à tempérer mes réactions (qui engendrent l’action) face à l’instabilité, voire à l’imprédictibilité des situations.
Après une manœuvre réussie, après avoir gagné 1 ou 2 places au classement, à la suite d’un bon coup tactique ou stratégique en régate… il y a tant de raisons de sauter de joie, et d’en oublier le coup suivant…

Après une manœuvre ratée, une casse matérielle etc. Il y a autant de raisons de baisser les bras, de se maudire, de se languir et d’en oublier le « bon coup », le suivant, celui où tu peux te refaire!

En course en solitaire, sans tutelle, face à moi même, je me disais à voix basse : quelle que soit la situation, bonne ou mauvaise, maître mot :

« Encéphalogramme neutre… » ou « posey » comme disent les jeunes ! 

Après quelques régates de mise en pratique et une intention sincère au désir d’être présent et avec patience, j’ai réussi à développer cette disposition affective. J’appelle cet état d’être, la « bulle de la compétition » :

Quand tu y entres, c’est comme sur un nuage, tout est fluide, et tu es clairvoyant. Tu deviens capable de lâcher prise… d’accepter et de voir les choses telles qu’elles sont réellement.

La sagesse et la compréhension émergent alors tout naturellement. Cela m’a beaucoup aidé lors des phases de prises de décisions importantes. Je remets de la toile ? Je prends telle option ? J’abandonne ? Je fais demi-tour ? Je fini en mode dégradé ?

C’est ce mélange de détachement et de sérénité qui fait que le bateau, l’environnement et toi ne font plus qu’un tout. Mes 2 victoires sur Les Açores-Les Sables d’Olonne en 2012 et 2014 ont été le fruit de ce détachement. Comme si j’avais régaté avec une vue satellite sur mon bateau, mon environnement et moi.

Preuve d’empirisme ? Alex Thomson avec l’expérience de ces 4 participations au Vendée Globe est sans doute actuellement en tête de la course sur ce nuage.

Dans cet état, tu deviens « imbattable ». Mais l’important au-delà de la compétition, c’est cette sensation de liberté et de bonheur absolue que j’ai découverte.

En cultivant l’équanimité, chaque instant est parfait !

Mini Transat 2013, au large en solitaire et en course, terminer une transatlantique est une victoire

Mini Transat 2013: au large en solitaire et en course, terminer une transatlantique est une victoire

Nicolas Boidevezi / Proto 719 / Christophe Breshi Photo / Victoire Les Açores-Les Sables 214

Nicolas Boidevezi / Proto 719 / Christophe Breshi Photo / Victoire Les Açores-Les Sables 214

2012 victoire Les Açores - Les Sables d'Olonne après avoir mené, cassé, réparé, gagné!

2012 victoire Les Açores – Les Sables d’Olonne: après avoir mené, cassé, réparé, gagné!

En 9 jours à l’équateur, l’Atlantique Nord a été une mise en bouche rythmée mais sans systèmes dépressionnaires marqués.

Bien que les conditions aient été clémentes ces 9 premiers jours de course, les 29 skippers mettent déjà en pratique l’équanimité pour faire face aux soucis du quotidien et garder une motivation intacte.

Voici quelques illustrations des défis quotidiens à surmonter dans une telle entreprise :

  • L’Espagnol Didac Costa, 1er à se confronter à l’imprévisible quelques heures après le départ, la force du collectif des pontons sablais l’aiderons à reprendre la mer.
  • Un peu de « bobologie » doigt, dent, pommette, tête, dos, les marins sont malmenés physiquement…
  • Le Japonnais Kojiro s’essaye au déroulement de voiles sur emmagasineurs avec quelques sushis… Ne serait-ce que ce « nœud » en solo, ça coûte du temps et de l’énergie de remettre cela en ordre, et sans créer de « sur-accident ».
  • Jérémie Beyou lui a les mains dans l’électronique avec un pilote automatique récalcitrant.
  • Et d’autres sont encore sous les nuages menaçants du pot au noir.
Tanguy De Lamotte pêche une voile, 40 mn d'efforts pour la remonter à bord

Tanguy De Lamotte pêche une de ses voile, 40 mn d’efforts pour la remonter à bord.

Maintenance technique permanente, le skipper doit garder un œil sur tous les éléments et systèmes qui composent son bateau de course. Ici Eric Bellion sauve un axe qui tiens la bôme sur le mat avant que les dommages ne soient irréversibles

Maintenance technique permanente, le skipper doit garder un œil sur tous les éléments et systèmes qui composent son bateau de course. Ici Eric Bellion sauve un axe qui tient la bôme sur le mat avant que les dommages ne soient irréversibles.

Garder le moral même quand Zeus est furieux! ou que tu es dans le pot au noir comme Arnaud Boissières

Garder le moral même quand Zeus est furieux! Dans le pot au noir comme Arnaud Boissières.

celui à qui cela n'est jamais arrivé, jette la première pierre... Kojiro devra affaler et défaire ces tours dans cette voile de 70kg afin de la re-hisser et enfin pouvoir la dérouler, 40mn d'efforts et vitesse dégradée pendant ce temps là...

Celui à qui cela n’est jamais arrivé, jette la première pierre… Kojiro devra affaler et défaire ces tours sur cette voile de 70kg afin de la re-hisser et enfin pouvoir la dérouler: 40mn d’efforts et vitesse dégradée pendant ce temps là…

A7 déchiré pour Kojiro, une voile qu'il va lui manquer dans le grand sud

A7 déchiré pour Kojiro, une voile qu’il va lui manquer dans le grand sud…

pommette abîmée pour Thomas Ruyant,garder l'équilibre il faut.

Pommette abîmée pour Thomas Ruyant,garder l’équilibre il faut.

Même avec des nœuds dans ces manœuvres et des voiles déchirés, pas de sushis pour Kojiro !

Rupture de la tête de mat pour Tanguy, casse rédhibitoire, il fait demi-tour, mais l'histoire elle ne s'arrête pas là

Rupture de la tête de mat pour Tanguy, casse rédhibitoire, il fait demi-tour, mais l’histoire elle ne s’arrête pas là.

Seul face à tes problèmes, avec une grand voile de 150 kg!

Seul face à tes problèmes, avec une grand voile de 150 kg!

« Le Vendée Globe, c’est une course durant laquelle pendant 3 mois, il faut gérer un problème par jour » dixit Michel Desjoyeaux double vainqueur de l’épreuve.

« Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réaliste ajuste ses voiles. » William Arthur Ward

Rendez vous vendredi 25 novembre à 16h30 aux pieds de la Tour Eiffel, j’interviendrai sur le plateau Live TV du Vendée Globe pour l’émission « On refait le Vendée ».

Plateau ouvert au public.

Nicolas

#Horizon2020 #NeverGiveUp #BeautyOfDreams

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