Une Transat 6.50 riche en enseignements

Lors de son arrivée au ponton à Bahia, Nicolas avoue « je crois que je n’ai jamais été aussi content de retrouver mes parents ». De l’émotion, beaucoup, les nerfs qui lâchent, la pression qui retombe, les propos de Nicolas Boidevézi, skipper de « Défi GDE » sont teintés d’un peu de déception, mais surtout de quelque chose qu’on ne connaissait pas chez le marin.

Transat650DefiGDEArriveeBahia Nicolas Boidevézi arrive à Bahia, terme de la Transat 6.50 2011 ©Breschi

Cette seconde étape a été difficile, d’autant plus dure qu’elle ne correspond en rien à ce que le marin Rochelais attendait. En 2009, Nicolas partait pour une aventure en solitaire, avec lui même. Il se trouve alors confronté à une course, une compétition au niveau relevé dans laquelle il est un bizuth acteur aux avants postes, et profite de longs surfs au portant et d’une véritable régate à travers l’Atlantique.

Fort de cette expérience, le skipper de Défi GDE prépare sa seconde Transat en conséquence. La seconde étape de cette Transat 6.50 2011 sera une surprise, encore. La météo ne fait pas de cadeau, du portant mais peu,  dans des vents faibles et pas établis, beaucoup de près, une mer désordonnée… Nous sommes loin du bonheur de 2009 et de l’attente des solitaires.

Transat650DefiGDEBahiaNicolasBoidevezi Dans la baie De Tous Les Saints, Défi GDE achève sa Transat 6.50 2011 ©Breschi

Dès le départ à Madère, suite à une incompréhension, un concurrent « couvre » Nicolas sur la ligne qui prend un départ peu convaincant. A la bouée de dégagement, le groupe de tête n’est plus en vue.

Il n’est pas question de craquer et de s’en tenir à cela, aux canaries, tout est encore possible. Les manœuvres s’enchainent, précises, Nicolas grapille mille par mille se rapprochant un peu plus à chaque pointage d’une tête de course rapide et qui bénéficie de conditions plus favorables.

Le skipper de Défi GDE prend une bonne option pour négocier l’archipel portugais du Cap Vert et ses systèmes orageux « tordus », il pointe à la 6ème place du classement. C’est sous des pluies diluviennes et une chaleur étouffante que les coureurs s’approchent du Pot Au Noir. Il en faut plus pour entamer la détermination de Nicolas, à 1500 milles de l’arrivée, il est toujours dans la course, à la fois dans les classements et dans la tête.

C’est alors que le pilote décide de faire des siennes, l’angle de barre connaît des problèmes, et Défi GDE part régulièrement au tas. Les nerfs étaient déjà mis à rude épreuve, chaque fois que Nicolas doit lâcher la barre pour dormir, manger, ou aller manœuvrer, il est inquiet, en particulier dans ce vent aléatoire. Malgré ça, la hargne du compétiteur prend le dessus. Le Pot Au Noir n’offre pas de répit aux marins, il est actif, très actif. Vents faibles et instables, piqués de grains aussi violents qu’imprévisibles. Le groupe de tête va vite, très vite, ils évoluent dans un système météo un peu différent de celui de Nicolas qui ne peut pas tenir les mêmes moyennes avec son pilote défectueux.

Transat650NicolasBoideveziDefiGDEArrivee Nicolas Boidevézi « Je n’ai jamais été aussi heureux de retrouver ma famille » ©Breschi

C’est une expérience nouvelle, pleine d’enseignements. Plus de solitude, moins de camarades de jeu autour pour discuter dans les moments difficiles… Le Rochelais est seul face à ses galères, c’est véritablement une course en solitaire.

Sortie de Pot Au Noir et toujours pas de vent stable, c’est à en devenir fou. Le vent ne se décide pas, virant d’un côté à l’autre, sans jamais s’établir plus de quelques heures. Nicolas garde les voiles au maximum de leur plage d’utilisation et réalise chaque chose avec méthode. Lorsque le bateau se couche, il est devenu spécialiste pour le remettre dans le bon sens en un temps record, les ennuis de pilote lui auront apporté ça !

A l’arrivée, Nicolas se classe 11ème de la seconde étape et du classement général. La tension redescend, les nerfs se relâchent… Plus que n’importe quelle course auparavant, cette édition 2011 de la Transat 6.50 laissera une marque inoubliable sur Nicolas. Riche en enseignement, elle a mis les nerfs à rude épreuve. Le coureur est déçu du résultat, mais il aura découvert une nouvelle réalité de la course au large. Cette Transat laissera un léger goût d’inachevé à celui qui comptait parmi les favoris, mais certainement pas l’amertume du dépit !

Transat650NicolasBoideveziDefiGDEArriveeBahia Nicolas Boidevezi, Défi GDE, heureux de pouvoir jouir des plaisirs de l’arrivée ©Christophe Breschi

« C’est en tombant qu’on apprend. L’océan réserve son lot de surprise et d’imprévus, pour l’Homme c’est un terrain inconnu. Arriver de l’autre côté demeure quelque chose d’unique et avec la pression de la course et la recherche de performance, on aurait presque tendance à l’oublier. Le fait d’avoir vécu ces deux transat donne envie d’aller encore plus loin, que ce soit dans l’aventure ou dans la compétition, de repousser encore un peu les limites en se lançant de nouveaux défis ! Plus on fixe un objectif élevé, plus il nous pousse à donner le meilleur, et plus les enseignements sont riches. »

Nicolas Boidevézi, skipper de Défi GDE aimerait remercier ses partenaires sans qui cette aventure de trois ans n’aurait pu aboutir. Il souligne aussi toute l’importance du soutien de sa famille, de ses amis et de toute l’équipe qui a travaillé à ses côtés pour faire de ce projet mini, une très belle première expérience et une belle entrée dans le monde de la course au large.