Nicolas Boidevézi veut dévaler les mers du Vendée Globe

Il a un bateau compétitif, l’ex Hugo Boss d’Alex Thomson qui a terminé 3e du dernier Vendée Globe. Il est prêt physiquement et mentalement, son inscription et sa place au ponton du Vendée Globe sont validées. Cependant le marin Alsacien, skieur de haut-niveau âgé de 33 ans, a besoin d’un partenaire titre pour être au départ du 8e Vendée Globe. Après avoir parcouru tout ce chemin, Nicolas Boidevézi refuse de renoncer car il a un vrai projet de compétition… Entretien.

20151023_TJV_0130A quel stade en est ton projet vers la ligne de départ du 6 novembre ?

NB: « Nous avons un superbe bateau, je suis inscrit au Vendée Globe et les fans et followers s’agrègent de jour en jour. Pour me qualifier et aller au bout du tour du monde, il me faut participer à une des courses qualificatives de l’avant saison. Dans ma tête je suis déjà sur la ligne et j’avance avec la bonne volonté et l’engagement des gens qui croient en mon projet. Chaque étape franchie est un pas de plus vers la ligne de départ, jusqu’où tout est possible. Je peux déjà être fier des défis quotidiens relevés, mais aujourd’hui il me manque encore le budget nécessaire pour pouvoir avancer sereinement, c’est-à-dire maîtriser la préparation technique, réunir une équipe permanente et parer aux questions logistiques. »

Que proposes-tu de spécifique pour séduire un sponsor ?

NB : « Je ne pense pas qu’il existe une recette magique pour séduire un partenaire ! Chacun a son histoire, son parcours, son réseau. La mienne est celle d’un passionné de grands espaces, de la nature, qui a l’esprit d’entreprendre et l’envie de partager cette passion, de la manière la plus simple et la plus honnête possible. C’est aussi démontrer que l’on peut être à la fois marin et montagnard, vivre en bord de mer et revendiquer ses racines terriennes. Ensuite, il reste le sel de cette aventure : moins de cent navigateurs solitaires ont bouclé un tour du monde en course, en solitaire et sans escale. Le Vendée Globe reste un événement exceptionnel et une vitrine unique. »

Il fallait de l’audace pour acheter un voilier avant d’avoir le partenaire titre ?

NB : « L’audace, la curiosité, l’adaptation et la réactivité ont été mes outils tout au long de mon parcours, pour toujours aller de l’avant, même face à l’adversité. Quand tu construis des fondations solides et que tu fais les concessions nécessaires pour investir et capitaliser sur le long terme, ça fonctionne. La notion de connaissance de soi, de mental à cultiver m’anime en permanence. Gérer des risques, c’est ce que je fais au quotidien ; on peut penser qu’ils sont élevés, mais c’est aussi la condition pour accomplir de grandes choses. »

Où en est la préparation de ton bateau ?

NB : « Le bateau est prêt à naviguer, c’est une belle machine que je suis fier de skipper derrière des grands noms de la voile tels que Sébastien Josse et Alex Thomson que j’admire depuis longtemps. Tout comme Roland Jourdain, dont j’ai intégré l’écurie de course au large – Kairos à Concarneau -pour préparer notre 60 pieds et bénéficier de son expérience dans ma préparation. On a prévu de remettre le bateau à l’eau fin mars. Techniquement, rien ne nous empêche d’être présents au départ de la course New-York- Les Sables le 29 mai prochain. »

Tu passes directement du Mini à l’IMOCA sans avoir le vertige ?

NB : « Trois semaines, seul sur une coque de 6.50m sans communication vers la terre ou trois mois seul sur une coque de 18.20m, mais en pouvant communiquer avec le monde en voix et vidéo quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, je ne sais pas lequel est le plus difficile à vivre ! De plus, les prototypes Mini 6.50 sont comme des IMOCA en modèles réduits, il y a une approche similaire du projet et de la gestion du risque technique lié au bateau et à ses éléments. Après trois Mini Transat et 30 000 milles en course, sans jamais abandonner une épreuve, je pense que j’ai quelques bases solides ! »

Tu penses avoir le mental pour tenir trois mois en compétition ?

NB : « Si je ne le pensais pas, je ne serais pas là ! Etre à l’écoute de soi et de son corps pour mieux le comprendre est le meilleur moyen de performer en compétition, mais aussi au quotidien. En ski alpin et en ski freeride en compétition, j’ai appris à maitriser ou contourner des émotions, des gestes et des croyances néfastes au bien-être physique et mental. Puis en course au large en solitaire j’ai appris à maitriser encore d’autres éléments complémentaires. Découvrir, puis progresser dans un sport où tu ne maîtrises pas tous les éléments de ton environnement est un vrai challenge quotidien. Si tu es à l’écoute, c’est d’une richesse infinie ! »

La maîtrise du free-ride sur les pentes raides et neigeuses, çà aide quand on est sur l’océan ?

NB : « Oui, en freeride, il y a la montagne et toi, un environnement que tu ne peux pas maîtriser, mais que tu dois écouter pour t’en imprégner et ne pas l’impacter. Suivre le soleil, le vent, la neige, t’inclure dans l’onde, t’adapter à son rythme pour être en symbiose avec la nature qui dicte la loi. Les passerelles de compétences entre ces sports sont infinies. Il y a l’équilibre, l’anticipation, la lecture du terrain, le management de l’effort, la gestion de l’imprévu, du risque technique, la météorologie, la gestion et du stress, l’analyse et l’optimisation des trajectoires… Nous sommes des sportifs de l’extrême, pas des inconscients ! »

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